Mon vrai métier, c’est la nuit

Deux êtres dans un espace où la lumière vacille. On entend les grondements de glaciers qui se
défont. Ils avancent, incertains, afin de partager avec le monde leur part d’ombre, d’incertitude, de
ce qui en eux est là mais pas encore formulé. Leur indicible.
Prenant la forme d’une partition partiellement écrite avec des moments improvisés, ce duo pose
la question de l’alliance avec l’extérieur depuis son intérieur. Est-il possible de tisser avec ce qui
n’est pas soi depuis son intériorité la plus profonde, sa part d’informulé ? Pouvons-nous, à partir de
cette obscurité où fourmille nos devenirs, nos forces, notre besoin de consolation, notre joie, nos
interrogations, trouver de nouvelles façons de nous agencer à l’espace, à l’autre ?
Par-delà le langage des mots, le corps prend le relai, permettant une évasion salvatrice dans un
monde où le visible, l’explicable, et le régime de l’image règnent en maîtres. En ne cherchant pas à
faire « beau », ou à rentrer dans des cases normées, les danseurs se placent du côté de la minorité
en eux, du non-visible, afin d’accueillir ce qui murmure dans leurs parts secrètes. Prendre le temps
de se perdre dans l’obscur afin d’activer un chemin de résistance face à la pression de la définition
de soi.
Il sera question de solitude et de peau renversée.
Il sera question de l’ombre, de la nuit, de l’obscur porté en chacun et par tous.
Il sera question de promener un halo sur une paroi.
Il sera question de souterrain.
Il sera question de noir.
Il sera question de scintillements sur une étendue d’eau, la nuit.

Dossier : Mon vrai métier, c’est la nuit